
Je n’ai jamais su à quoi elle pensait lorsqu’elle courrait vers son lit après qu’on se soit disputés. Elle prenait soin de claquer toutes les portes sur son passage, et se recroquevillait sur elle-même, en fœtus, sans allumer la lumière de la pièce. Je comprenais qu’elle avait besoin d’espace, qu’elle étouffait. Alors je partais, en fermant la porte le plus doucement possible. Il ne fallait pas que je sois là lorsqu’elle sortirait de son antre. Elle m’avait un jour expliqué qu’elle avait besoin du noir pour se retrouver. « C’est un peu comme quand t’es bourré, disait-elle, tu fais des mouvements, mais tu ne les vois pas ». Elle prenait ensuite sa voiture, et la route de la corniche jusqu’à Aubagne. Elle enlevait la capote, et laissait ses cheveux au vent, libre, pour une fois. Moi je revenais avant elle. Toujours. Je me glissais dans le lit, et je commençais le livre qu’elle lisait. J’étais généralement autour de la centième page lorsqu’elle se blottissait contre moi, en murmurant à mon oreille un petit « désolé » qui posait le livre et éteignait la lumière. Je crois que ces soirs-là ont été les meilleures nuits d’amour que nous n’avons jamais eu.
Mais il y a eu un soir où elle devenait la caricature d’elle-même, et elle a dû le lire dans mes yeux, comme elle le faisait toujours. Les portes ont claqué, plus fort que d’habitude, mais je n’y ai pas prêté attention. Je suis parti puis revenu, comme à mon habitude. Mais ce soir-là, j’ai fini son livre. Puis le mien. C’est lorsque j’ai vu l’armoire entrouverte à moitié vide que j’ai compris. Elle n’est jamais revenue.
3 comments:
J'en ai des frissons.
Oh et c'est writen by plutôt non ? (je t'autorise à supprimer ce commentaire ;))
Celui-là est originale. Il change, et pourtant reste toujours fidèle à tes jolies capacités ;) <3
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