Sunday, December 13

Une année étrangère - Brigitte Giraud

"J'ai besoin de penser dans une langue qui est la mienne, de choisir chacun de mes mots pour dire au plus juste ce que je ressens. Parce que, en allemand, j'ai l'impression que ma pensée se rétrécit, je perds mon acuité, je me laisse gagner par une simplification du monde qui m'effraie. J'ai peur de me perdre, de perdre le sens des mots, j'ai peur de disparaître."

"Simon m'a dit que j'avais raison d'aller respirer ailleurs. Il a dit "respirer", alors que j'étouffe. J'étouffe de ne pas être seule, et pourtant je n'ai jamais aussi violemment ressentit la solitude".


Je ne l'ai pas encore fini, mais je l'adore déjà.
Juste partir. Partir loin de tout, loin de vous. Devenir quelqu'un d'autre.

Thursday, December 3

9h15. Un serviette me sert de bustier, je ne peux pas aller au lycée comme ça. Dehors il pleut, il semble faire froid. Dedans j'ai chaud, je bois un chocolat chaud, je dois partir dans 20 minutes, je n'ai toujours pas choisi mes habits, je ne suis toujours pas coiffée, je ne suis toujours pas maquillée. Dehors il pleut, il semble faire froid. Ca sera marinière-jean-trench. Je n'ai pas de chaussure pour marcher sous la pluie. Dehors il pleut, il semble faire froid. Je n'ai pas envie d'y aller. Pourquoi faire ? Faire semblant de courir après un volant de badminton, faire semblant de n'aller pas trop mal, faire semble d'apprécier tous ces gens que je ne connaîtrais plus l'année prochaine, faire semblant que son comportement ne me blesse pas, faire semblant de la déteste autant qu'elle me déteste.

9h45. Dehors il pleut, il fait froid. Qu'est ce que je fais là ? J'ai cette chanson en tête, je ne connais pas le titre, je ne connais pas l'artiste, je sais que je l'ai dans mon i-pod. Revolver fera l'affaire. Dehors il pleut, il fait froid. J'ai les pieds trempés, je devrais faire demi-tour, mais je ne peux pas, quelque chose m'y empêche, les larmes coulent, je ne sais même pas pourquoi, non, j'ai des raisons, mais je ne sais pas laquelle est entrain de s'exprime, qu'est ce que je fais là ? Je voudrais être à des kilomètres d'ici, je voudrais être là où personne ne me connait, je voudrais avoir une autre vie, je voudrais me la créer ; je voudrais changer de lycée, vivre avec lui, prendre le bus chaque matin et me faire une nouvelle vie. Revolver ne fait pas l'affaire.

Wednesday, November 25

J'étouffe, tu comprends ?


Je n’ai jamais su à quoi elle pensait lorsqu’elle courrait vers son lit après qu’on se soit disputés. Elle prenait soin de claquer toutes les portes sur son passage, et se recroquevillait sur elle-même, en fœtus, sans allumer la lumière de la pièce. Je comprenais qu’elle avait besoin d’espace, qu’elle étouffait. Alors je partais, en fermant la porte le plus doucement possible. Il ne fallait pas que je sois là lorsqu’elle sortirait de son antre. Elle m’avait un jour expliqué qu’elle avait besoin du noir pour se retrouver. « C’est un peu comme quand t’es bourré, disait-elle, tu fais des mouvements, mais tu ne les vois pas ». Elle prenait ensuite sa voiture, et la route de la corniche jusqu’à Aubagne. Elle enlevait la capote, et laissait ses cheveux au vent, libre, pour une fois. Moi je revenais avant elle. Toujours. Je me glissais dans le lit, et je commençais le livre qu’elle lisait. J’étais généralement autour de la centième page lorsqu’elle se blottissait contre moi, en murmurant à mon oreille un petit « désolé » qui posait le livre et éteignait la lumière. Je crois que ces soirs-là ont été les meilleures nuits d’amour que nous n’avons jamais eu.

Mais il y a eu un soir où elle devenait la caricature d’elle-même, et elle a dû le lire dans mes yeux, comme elle le faisait toujours. Les portes ont claqué, plus fort que d’habitude, mais je n’y ai pas prêté attention. Je suis parti puis revenu, comme à mon habitude. Mais ce soir-là, j’ai fini son livre. Puis le mien. C’est lorsque j’ai vu l’armoire entrouverte à moitié vide que j’ai compris. Elle n’est jamais revenue.

Monday, November 9

Ok, je ne sais pas ce que je veux.


Sur le chemin du retour, une clope entre mes ongles rouges, un chignon qui tient on ne sait comment, l'i-pod rouge que je sers de l'autre main qui me crie Futur of the Nation des PPRR dans les oreilles, je ferme les yeux, le sourire aux lèvres.
Tu vois, je n'ai plus besoin de tes bras pour me sentir bien.


Certains attendent que le temps change, d'autres le saisissent avec force et agissent. - Dante