Assise sur son lit, au milieu des photos qu’elle a sorti des albums poussiéreux, il y a environ une heure, Manon pleure. Oh ! Pas à chaudes larmes. Mais quelques larmes coulent sur ces joues. Pourtant, il n’y à rien de triste dans ces photos. Au contraire : des moments figeaient de ses nombreux anniversaires fêtes chez elle, entourée de ses amis du moment. Il n’y a pas beaucoup de survivants parmi eux : ils ont quitté la ville ou tout simplement perdu de vie. Ce doit être ces pensées qui lui ont fait monter les larmes aux yeux. Mais certainement pas ce qui l’a fait pleurer.
Le temps passe. Et Manon troue qu’il passe trop vite. Elle a la désagréable impression de ne pas profiter. Elle pense trop au futur ou au passé. Mais pas assez à se qu’elle est entrain de faire. Le temps la transporte, sans qu’elle puisse faire ses propres choix. Comme si quelque un décidait à sa place. Au fond, qui l’oblige le matin à se lever si tôt pour aller au lycée ? Pourquoi se plie t’elle aux exigences de la routine qui la contraigne à faire chaque jours les mêmes choses ? Évidement, c’est plus simple de se laisser aller à ces modes de vie calculés d’avance.
Mais rien n’est jamais acquis, elle devrait le savoir pourtant. Elle qui a était élevée dans le luxe et la richesse, a toujours su apprécier les choses. Paradoxalement. Sûrement parce qu’elle connaît sa chance, parce qu’elle sait que chez les autres, se n’est pas forcément pareil.
Il lui suffit d’écouter son amie Maria pour se rendre compte de la « vrai » vie. Élevée par sa mère et son beau-père, elle n’a jamais vraiment connu son père. Il habite au Sénégal. Et la dernière fois qu’elle est allée le voir, elle a du faire le ménage durant toute la semaine. Chez elle, se n’est guère mieux : sa mère, trop occupée avec le magasin qu’elle tient, lui laisse sa (demi-)sœur sur les bras. Il lui arrive même de louper des cours quand elle est malade. Déjà très indépendante, elle sort le soir. Boit. A en vomir. Chaque nuit elle croise des garçons différents. Manon ne demande jamais ce qu’ils ont fait ensemble. Car au fond, elle le sait.
Alors quand Manon écoute Maria, elle connaît sa chance. Celle d’avoir une famille unie, et qui l’aime, bien qu’étouffante.
Manon pourrait faire parti de ce que l’on qualifié de « gâtée par la vie ». Car elle a aussi hérité de la beauté familiale. Celle de sa mère, grands-mères et autres parentes. Inutile d’expliquer pourquoi autant de garçons lui tournent autour. Cette beauté additionnée à une incroyable gentillesse et à une générosité énorme, fait d’elle la personne la plus populaire du lycée.
On pourrait croire qu’avec tout cela Manon est une adolescente épanouie. Mais non, pour elle, il manque l’essentiel dans sa vie : l’amour. Pas celui de la famille, des amis ou autres courtisans (parce qu’il faut appeler les choses par leur nom), mais celui qu’elle arriverait à partager avec un garçon qui l’a comprendrait vraiment. Ce garçon ne la regarderait pas comme tous les autres. Pas comme « une reine des abeilles ». Lui, la verrait comme une fille comme les autres. Il ne lui offrirait pas des milliards de cadeaux, dans l’espoir d’ajouter son nom si prestigieux à sa liste de personne étant allé dans son lit.
Il n’y a pas si longtemps, elle avait cru le trouver. Thibaud, 2 ans de plus qu’elle. Beau à ses yeux, mais sûrement pas aux yeux de beaucoup de monde, elle le savait. Lui qui ne l’a pas connu au lycée, ne la pas choisi pour sa renommé. Ils se sont connus à un stage d’escalade. Autant dire qu’elle n’était pas à son avantage. Lui, il la regardait différemment. D’ailleurs, il n’a jamais vraiment agis comme les autres, au début du moins. Même quand ils ont commencé à échanger quelques mots. Il l’a prenait comme son égal, pas comme une princesse à chérir. C’est ça qui lui a plut chez lui, en premier. Et plus la conversation avancée, plus ils se découvraient des points communs. Ils étaient les mêmes. Très vite, des sentiments nouveaux sont apparus à cette Manon transformée. Une fois le stage fini, ils ont continué de se voir. Ils se sont beaucoup téléphonés aussi. Et puis cela c’est fait seul. 1 moi plus tard elle le présentait à ses amies. Bien sûr, elle n’ont pas compris pourquoi lui et pas Sacha, ce beau garçon qui lui faisait la cour depuis des mois. Mais elle, elle se moquait des avis. Elle ne pouvait pas dire avec précision depuis quand ils étaient ensemble. Cela s’était fait peu à peu, sans vraiment y penser. Mais elle avait toujours été sure de l’amour qu’avait Thibaud pour elle. Jamais elle ne l’avait remis en question. Petit à petit, comme pour toutes les autres choses de leur couple, en n'y prêtant pas gare, elle lui avait présenté ses parents et lui les siens. Cela c’était fait comme ça. Par hasard. Peu à peu, elle connut toute sa famille et vice-versa. Cela dura à peu près 6 mois. Elle l’aimait comme jamais elle n’avait aimé personne. Sa vie était axée sur lui. Tous ces choix se faisaient par rapport à lui. Et elle était certaine que, de son côté c’était la même chose. Mais au fil du temps, sans que là non plus elle puisse donner une date précise, il prenait ses distances. De plus en plus. Les disputes se multipliaient plus violement chaque fois. Alors un jour il a fallut que ça cesse. Manon avait besoin de souffler, d’arrêter quelques temps ces tensions qui lui devenait insupportable. Mais quand ils en parlèrent, lui préféra qu’ils en restent là. Ses sentiments avaient changé.
Dire qu’elle le prit bien ne serait pas tout à fait juste. Elle prit sur elle, cacha ses sentiments au plus profonds d’elle-même. Plus jamais ils ne ressortir. Sauf cette après-midi là, en regardant les photos. Le temps était passé, et encore une fois elle n’avait pas profité. D’où les larmes. Le fait de repenser aux derniers mois avec le sentiment de ne pas avoir tout vécu complètement lui torture le ventre. Pour la première fois, elle ne retient pas ses larmes. Mais bientôt il faudra les ravaler. Sa mère arrivera. Ses sentiments retrouveront leur cachette, dessous cette carapace de plus en plus épaisse chaque jour qui passeront. Maintenant elle espère juste trouver celui qui lui fera oublier ces peines. Un autre Thibaud, en mieux. Le seul à qui elle pourra faire confiance. Mais pour l’instant, elle n’est pas prête à l’accorder à quelqu’un d’autre.
Elle range les photos, les larmes déjà séchées.
Sa règle d’or : Ne jamais monter le plus profond d’elle-même. Pas faciles tous les jours.
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