Je suis lasse. Non que mes journées soient remplies. Loin de là. Elles sont plutôt à base d'ordinateur, musique. Je résiste tant bien que mal au Nutella dans le placard depuis maintenant une semaine. Ma fierté se fait ressentir derrière ces mots. Pourtant je suis fatiguée. De trop réfléchir mais de ne rien faire sûrement. J'ai l'impression de mettre faite écraser par un train. Vous savez ce genre de train grande vitesse aux doubles étages qui transporte des centaines de personnes vers leurs vacances, leur travail, ou leur famille. Il n'y a pas si longtemps de cela, il y aurait eu les wagons fumeurs séparaient des autres. Mais cette époque est révolue. Le wagon restaurant est bondé. Midi pétante. Les gens ont faim. Leurs repas sont composés d'un simple sandwich. Les plus petits sont heureux de leur désormais célèbre jambon-beurre. Certaines, qui se soucient un peu plus de leur régime, optent pour une salade dans son emballage plastique transparent. D'autres, les plus affamés, prennent un de ces sandwiches dont la liste des ingrédients occupe la moitié de la carte.
Quelques compartiments plus loin, la première classe. Celle que ne peut pas s'offrir n'importe qui. Places numéro 23, fenêtre. Une grand-mère monte vers Paris, cette ville qu'elle déteste, pour garder ces petits-enfants. Leur mère part une fois encore avec son nouveau compagnon vers une destination paradisiaque. Eux ont écoles. Alors c'est Mami Claude qui sert de nourrice. Elle qui les aime tellement son Mathéo et sa Léa, elle n'a pas su résister à l'appel de sa fille. Son mari n'a pas pu l'accompagner. Il ne peut plus faire grand-chose d'ailleurs. Quand il arrive en haut des escaliers, on croit entendre un coureur du 100 mètres tant il est à bout de souffle. 40 ans de clopes. Pas besoin de beaucoup plus d'explications. Et puis, il n'aime pas Paris. Ou du moins la banlieue. Les maisons sont toutes les mêmes. Aucun charme. Il ne comprend pas pourquoi sa femme continue à y aller si souvent alors qu'elle partage son avis. Marie, leur fille, devrait s'occuper de ses gosses elle-même. Après tout, c'est elle qui les a fait, qui à réclamer la garde…
Deux sièges derrière elle, un couple d'amoureux s'embrasse langoureusement. Ils se moquent du regard des plus vieux. La magie des débuts. Comme tous, ils prévoient de se marier, dans un avenir pas si lointain. Ils auront 3 enfants : Timothée, Luc et Vanessa. Ils achèteront une maison en banlieue, à mi-chemin entre leurs deux lieux de travail. Ce qu'ils ne savent pas encore, mais après tout, c'est bien normal, c'est que dans 20 ans la magie sera envolée. Lui, devenu patron de l'entreprise, couchera avec sa secrétaire. Elle aura 10 ans de moins que lui et sa femme. Elle remplacera parfaitement le morceau de gras que sera devenu celle qui partage sa maison. Mais ce dont il ne se doutera pas, c'est que la soudaine ascension de celle-ci dans sa boite ne sera dû en rien à son travail acharné et autres heures supplémentaires passé au travail plutôt qu'à la maison, avec les enfant, mais aux pipes qu'elle taille à son patron pervers, aux mains qu'elle ne repousse pas sur ses fesses ou ses seins, pendant les heures destinées au repas. Son mari ne la touche plus de toutes façons.
A l'étage supérieur, une jeune fille, entourée par une troupe d'amies, est en larmes. Son copain vient de la quitter. Par texto, le salop ! Mais ce n'est pas si grave que ça. Parce que, pff comme il était moche ! Et puis, tête qu'il avait avec son basket à la con ! En plus il y a Julien qui la drague pas mal depuis un moment. Trois jours en fait. Ouais, elle va se venger avec Julien. Comme ça Marc, il sera jaloux. Et il voudra ressortir avec elle. Parfait comme plan. Ses larmes sont déjà séchées et oubliées. Elle rie avec ses amies qu'elle désigne comme meilleures mais qui ne seront remplacées par d'autres dans quelques mois.
Autre voiture. Deuxième classe. Les lumières près des fenêtres ont disparues, et les sièges sont plus sérés. Places numéro 63, couloir. Une autre adolescente. Mais plus mure cette fois. Elle revient de deux semaines avec son amoureux. Elle l'aime. Énormément. Follement même. Mais elle le sait trop bien, rien n'est éternel. Elle s'efforce de croire en eux deux. Mais une question lui torture l'esprit. "Pourquoi nous ? Alors que les autres non.". La distance qui les sépare (presque 800 kilomètres) lui fait peur. Leur situation social (elle descend d'une longue lignée d'aristocrate alors que dans sa famille à lui, ils sont ramoneur de père en fils), cette différence ne plaira pas à sa famille à elle pour le long terme. La différence d'âge (elle à 4 ans de moins) ne les aide pas non plus. Elle le sait, ils ne sont pas faits pour s'aimer éternellement. Pourtant elle aimerait tellement y croire. Parce que les moments qu'elle passe avec lui sont d'une rare magie. Leur osmose est parfaite. Sans lui, elle n'est rien. Si il advient qu'ils ne soient plus ensemble, pour un raison ou une autre, elle est convaincue qu'elle se tuera pour ne pas à avoir à supporter la douleur. Elle ne croit pas autant bien penser. Parce que c'est cela qui se produira, bien des années plus tard, lorsqu'il se fera reverser par cette voiture incontrôlée.
Non loin de là, place numéro 68, fenêtre, une quadragénaire pleure en silence. Elle estime avoir loupé sa vie. Elle aura 43 ans le mois prochain, et elle n'a toujours pas d'enfants. Les procédures d'adoption à l'étranger sont longues pour les femmes célibataires. Numérotée 100 sur la liste d'attente, elle doit encore patienté 3 ans pour voir un bébé népalais dans ces bras, en espérant que les relations entre les deux pays ne se dégradent pas. Plus jeune, elle aurait détesté être mère la trentaine passée. Mais aujourd'hui, plus de dix ans après cette limite elle est toujours sans descendance. Et, elle qui a toujours eu un esprit très maternel, elle en souffre. Pourtant, au prochain arrêt de ce train roulant à toute vitesse à travers la campagne picarde, un homme s'assoira sur le siège à côté d'elle. A la vue des larmes qui dégurgitent de ses yeux, il ne pourra s'empêchait d'essayer de les sécher. Elle est si belle avec ces gouttes d'eau qui perlent le long de ses joues, qu'il aimerait connaître son visage souriant. Ils échangeront leur numéros de portable, se rappelleront, se reverront. Elle découvrira qu'il est veuf, deux enfant sur les bras : Julie 3 ans et Mathieu 18 mois. Elle remplacera cette mère décédée comme elle le peut. Aussi bien dans le cœur des enfants, que celui du père. Vraiment, elle n'en demande pas tant.
Dans le compartiment d'a côté, une colonie de vacances occupe la totalité des siègent. Dans deux heures et demi, ils se sépareront. C'est la fin de vacances, que voulez-vous ! Ils ont l'ai tellement lier pourtant. Tellement complices. On pourrait croire qu'ils se connaissent depuis toujours, alors que cela ne dure que depuis une dizaine de jours. Les adresses de messagerie instantanée sont déjà échangées, ainsi que les numéros de téléphone portable. Les couples créaient pendant ces dix jours de vacances à New York se déferont par la force des choses. A 15 ans, on est pas sérieux. Certaines amitiés resteront. Les moins fortes, paradoxalement. Certains disparaîtront de la circulation, sans donner de nouvelles à personne. D'autres se reverront quelques fois le temps de sorties shopping. Des éclats de rire embaument les compartiment. Les cris des filles pour répondre aux chatouilles des garçons. La joie est encore bien présente, même s'il y en a qui pleurent déjà l'idée de devoir quitter tout ce beau monde.
Ce train, il est bien plus lourd qu'il n'y parait. Il y a bien sûr le poids de l'armature et celui des gens. Mais ne compter que cela, serait oublier tous les sentiments, qui sont du voyage eux aussi. La tristesse, la peur, le doute, la fatigue, la frustration mais aussi la joie, la compréhension, la bonne humeur… Je ne peux pas tout citer tellement il y en a. Se faire écraser par ce train revient à dire se faire écraser par la vie. Oui, c'est tout à fait cela. Ces derniers jours la vie m'écrasait. Elle m'emporter et je n'ai pas su profiter.
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