Thursday, December 18

L'eau a tourné, elle est verte maintenant.

J'ai vu Clarisse à la piscine aujourd'hui. Je venais pour voir, et j'ai cru reconnaître l'image fixe des photos que tu m'avais montré fièrement, en me promettant de me la présenter. Elle portait le bonnet dont tu m'avais parlé, celui qui remplace le haut de sa tête par celle d'un requin, celui qui t'avait tant fait rire, celui qui t'avait permis d'engager la conversation, la première fois. Elle portait le bonnet. Elle donnait l'impression d'avaler les longueurs, et je ne savais pas s'il y était pour quelque chose, mais elle avait l'air de se battre, aussi. De se battre contre l'eau, comme on se bat contre la vie. Ou contre la mort, selon le point de vue. Lorsqu'elle s'arrêtait pour souffler, je ne pouvais deviner si c'était l'effort la faisait suffoquer, ou bien les sanglots. Elle enlevait alors ses lunettes et laissait apparaître de longues cernes violettes que cause le plastique qui serre trop fort contre la peau - et les nuits sans sommeil, parfois - et des yeux écarlates, brûlés par le chlore - ou les larmes, aussi - qu'elle frottait doucement de sa main gauche, main où était dessinée une croix, pour ne rien oublier, sûrement. Elle se perdait alors dans ses pensées, secouait plusieurs fois la tête pour chasser les souvenirs les plus joyeux, ceux qui font mal parce qu'on se demande comment on en est arrivé là si vite. Pour chasser les regrets aussi, tous ces non-dits, ces cris inutiles que les disputes provoquent, ces mensonges inventés pour provoquer la jalousie, ou du moins la peine. Quand une vision devenait trop insupportable, elle ré-enfilait ces lunettes et partait plus vite que jamais pour évacuer la culpabilité. Elle ne regardait pas autour d'elle. Elle était enfermée dans son désarroi et son malaise. Elle ne me remarqua même pas, ainsi que les autres nageur qui était sur son chemin, et qu'elle forçait à changer de trajectoire. Elle était dans un cocon qui la coupait de la piscine, de la vie de la piscine - qui se résume d'ailleurs à la vie-tout-court, avec les débutants qui commence à tâtons, pour ne pas se ridiculiser, mais qui progresseront vite; car persévérant, avec les pros, qui sont plus fort que tout le monde, par définition, et qui le font savoir en sortant tout l'eau du bassin, avec les commères, qui, même ici, ne peuvent s'empêcher de crier à celle qui les accompagne que Truc a embrassé Machine, alors qu'il est supposé coucher avec Chose et que nous, on s'en fiche pas mal, et puis avec ceux qui se noient, parce que l'eau les oppressent et qu'ils oublient comment nager, ils boivent d'abord la tasse, mais essaient tout de même de respirer, mais l'effort est trop dur, alors ils abandonnent, trop tôt, et les premiers secours, qui sont pourtant les meilleurs, arrivent trop tard, parce que tout cela s'est passé sans bruit. Je déteste tellement être en retard. Tu ne l'étais jamais, toi. Tu préférais être en avance. Lorsqu'elle sortit du bassin, elle enleva son requin, et ses longs cheveux trempés vinrent cacher le suçon qu'elle avait dans le cou, mais que je n'avais pas décelé avant car elle avait pris soin de ne laisser que sa tête hors de l'eau durant toute sa thérapie très personnelle. La marque était encore si fraîche, que des frissons me traversèrent. Tout va si vite. J'aurais voulu me présenter, elle me faisait tant mal au cœur, mouillée jusqu'aux yeux. Mais vois-tu, je n'ai pas osé, parce que je savais qu'elle m'en voulais de t'avoir connu mieux que tout le monde, mieux qu'elle ne le pourrait jamais, et je me suis dit que je la voyais demain officiellement, de toutes façons. Tu sais, j'aurais aimé que ce jour arrive plus tard, on a tellement de temps ! Mais tu en as décidé autrement, et à une le dernier mot, une nouvelle fois. Une dernière fois. Tu me manques déjà Xavier. Je t'aimerais toujours petit frère.

7 comments:

Anonymous said...

Xavier? Pourquoi Xavier?
Je digère ton texte, il me toujours un temps de réaction avant d'envisager tous commentaires, critiques. Patience et objectivité sont essentiels dans notre chemin faisant. Je peux déjà te dire que tu me coupes presque les mots de la bouche tellement les tiens sont beaux, bien placés et originales cette fois. J'aime les publications qui laissent un goût d'incertitude et de réflexion au lecteur.
Je finirais ce commentaire (inutile) plus tard. Je t'aime.

Anonymous said...

Je viens de lire ton commentaire, je préfère ceux comme tu viens de m'écrire : Non réfléchis, peu structurés qui laissent libre cours à la pensée. Je suis pas trop pour les introductions, développements et conclusions. Après il est certain qu'en littérature la deuxième option est la meilleure. Je suis sous médocs, la tête qui manque d'exploser à tout moment et la bouche anesthésiée, autant dire que je ne suis pas dans le meilleur état pour développer un commentaire et exposer mes idées. Après grandes réflexions je me dis qu'il est important de penser mais il ne faut pas non plus se prendre la tête 24h sur 24h. Il est tellement important de vivre. A trop penser, il y a un risque à finir calculateur et manipulateur. Ne jamais tomber dans l'excès. C'est pourquoi finalement je suis assez partagée, je pense que l'espoir ne fait ni vivre ni mourir. Il est seulement essentiel à toute vie humaine comme la haine, la colère et la déception. Espérons mais ne négligeons pas nos actions. J'aime pas les gens trop passifs, je préfère l'activité et la prise en charge. Putain, je m'égare, je raconte n'importe quoi. Les Humains sont tous des rouges différents, la dose de défauts et de qualités de chacun nuance les couleurs. On est tous plus ou moins pessimistes, joyeux, sociables, rebelles, originales, extraverties... Il faut s'accommoder de ce que l'on a de ce que l'on est tout en tentant d'améliorer le meilleur. Doser les remises en questions parce que quoi qu'on en dise on est pas si mal que l'on en a l'air. Je suis pas comme toi moi, je suis pas du genre à m'attacher aussi longtemps à un de ces amours (minables), ce n'est pas pour autant que je suis satisfaite. Bien au contraire, il m'arrive de t'envier sur ce plan. J'aime trop les fuyards, les compliqués. Le proverbe "tu me suis je te fuis, tu me fuis je te suis" ou un truc dans le genre me correspond vraiment bien. A part ça, ce soir je suis carrément vénère, dégoutée,... J'aurais du aller au cours de Noel de la Capoeira mais impossible après l'enlèvement de mes dents de sagesse. En pensant qu'un des mecs que je trouve trop charmant a insisté pour que je vienne et que sur le moment je ne lui ais pas dis non puisque j'avais oublié mon opération me met en colère contre moi même. Je sais tout ceci est idiot et si con. Faire toute une histoire pour tant de conneries, ne sert à rien.
Sur ces mièvreries et autres complaintes, je vais te laisser sur un lit (un océan plutôt) de je t'aime.

Anonymous said...

Ma tête ne te ferai pas rire, je suis même pas enflée pour l'instant en tout cas.

LOVE YA JACKASS(je sais pas si ca se dit au feminin xD)

Anonymous said...

Maintenant que tu m'as dis que ta mère en lisant le texte était restée totalement à côté de la plaque j'ai peur de t'exposer ma compréhension personnelle. Je pense que Xavier,le petit frère, le mystérieux a mis fin trop tôt à ses jours. Alors, lorsque le narrateur retourne à la piscine, elle (parce que pour moi c'est une fille) tombe nez à nez avec Clarisse qui était amoureuse et surement même aimée par Xavier. La mort de ce dernier étant si proche, la jeune fille tente de lutter contre l'horreur de la vie, elle souhait oublier ses peines et soucis grâce à l'effort. Le narrateur, d'après moi, aimerait tellement aller discuter, approcher la veuve si jeune. Mais le silence, la peur, l'angoisse l'en empêchent. De mon point de vue, voilà ce que raconte ton texte.

Anonymous said...

"Je ne sais pas vraiment comment rebondir à ton texte, à vrai dire. Je repasserais plus tard, peut être, mais je ne veux pas te promettre que ça viendra." Ca veut dire quoi ça par rapport à mon texte? Tu m'as un peu laissé dans l'incompréhension là j'avoue xD.

A NOUS LES VACANCES :).

Je t'aime.

Anonymous said...

Tu ne peux pas me reprocher ce que la neige cause. Je n'aime plus ce temps, je suis dégoûtée de ce qu'il engendre. J'ai d'abord adoré l'euphorie de la nouveauté, du presque rêve incroyable. Mais je ne vais pas m'égarer puisqu'on sait bien tous deux que ce n'est pas des intempéries qu'il s'agit. J'aimerai te dire que tout est comme avant mais j'ai jamais eu une grande attirance pour les mensonge surtout lorsqu'ils sont inutiles. Tout est différent mais nous seules peuvent choisir de ce qui doit vraiment changer. Notre amitié n'a aucune raison de s'égarer en chemin. Je ne voulais pas te rembarrer (un peu violemment) mais je me voyais mal t'emmerder une fois de plus avec mes problèmes de merdes. J'aurais très bien pu te dire que je ne saisies pas pourquoi certaines personnes sont en couple, trouvent l'Amour alors qu'elles ne valent pas mieux que nous, j'aurais pu t'expliquer qu'il m'arrive quelque fois de me regarder dégoûtée dans le miroir, de perdre toute confiance, de ne pas voir l'ombre d'une qualité chez moi, d'être déçue de ne pas arriver à faire les choses bien, j'aimerais temps pour rassurer mon égo avoir un talent que peut d'autres ont. J'aurais pu te raconter toutes ces humeurs là mais à quoi bon puisqu'elles sont passagères, qu'elle ne durent pas. Je suis comme ça, un point c'est tout, j'ai ce besoin, ce désir de réussir dans quelque chose pour pouvoir me raccrocher à ça. J'écris mais vous écrivez mieux, je joue de la guitare mais vous vous y mettez aussi, je sais ni danser, ni chanter, ni dessiner. J'avais vu en les régimes un moyen de contrôler tout ça, mais je ne suis même pas capable d'y arriver. Il m'arrive quand ça ne va pas de ne pas comprendre pourquoi les gens m'apprécient. Je suis putain d'égocentrique, égoïste et conne dans ce que je raconte. J'espère que tu me pardonnes mais tu as voulu que je te renseigne sur les causes de mon instabilité alors je te fixe sur le sujet. Mais te le répète une fois de plus tout est éphémère, aujourd'hui je vais mieux que hier et (peut-être) plus mal que demain. J'aime pas ce moi là. Dans ces instants j'ai l'impression d'avoir larguer la petite fille généreuse et à l'écoute qu'on décrivait avant, qui en avait rien à battre du regard des autres. C'est malin t'auras réussis à me mettre les larmes aux yeux. Bisous, je t'aime malgré moi, malgré tout.

Anonymous said...

Et sinon... tu m'as retournée en me disant que mon blog s'assombrissait. Je me suis déçue que tu penses ça, du coup j'ai promis à G. que j'allais essayer de faire un texte plus positif.

Je t'aime tellement si tu t'imaginais.