Il y a des personnes, comme ça, que l’on aurait aimé connaître plus - voir connaître tout court.
Il s’appelait Théo, un blond aux yeux verts électrique qui n’était pas magnifiquement beau, mais qui avait ce je-ne-sais-quoi qui capta mon regard. Il travaillait pour le loueur de bateau, et était sur le ponton lorsque nous accostâmes pour aller boire un pot, après avoir fait demi-tour en mer dans une houle de 2 mètre – la hauteur de notre embarcation – alors que nous étions en route pour pique-niquer au coucher du soleil sur une plage déserte. La houle allait s’intensifiée durant la nuit, le loueur nous demanda donc de laisser le bateau au port, pour éviter qu’il ne s’abime ancré au large du village voisin où nous logions. Le problème était notre retour au dit village, car nous n’avions aucune voiture pour faire le trajet. Julien, le patron, décida que Théo, qui avait son permis bateau depuis une dizaine de minutes, nous accompagnerait jusqu’à notre destination et ramènerait le bateau au port. Nous imposâmes alors une seule condition, que tous les deux se joignent à nous au bar.
Julien dû s’occuper de clients avant d’être servi, et nous trinquâmes au permis de Théo sans lui. La coutume veut que l’on se regarde dans les yeux à ce moment-là. Je dû donc plonger mon regard dans les yeux verts que j’évitais depuis notre arrivé. Evidement, je perçu comme une étincelle, et pria ensuite pour ne pas avoir rougis. C’est une sensation de chaleur, de bien-être, que je ressens, maintenant que je revois ces yeux à cet instant-là. J’aimerais que cela ai duré des heures, même si c’était la gêne qui m’emparait en ce moment. Il était assis sur la chaise à côté de moi, mais il l’avait décalé de sorte à être dans l’angle de la table, les jambes étendues. Je les voyais proches des miennes, que j’avais croisées car je portais ma robe blanche et mauve, si bien qu’elles ne bougèrent pas jusqu’à ce que je me lève de peur d’entrechoquer les siennes. Il nous raconta ensuite qu’il conduisait des bateaux depuis qu’il était tout petit, alors que l’examen qu’il venait de passer n’était qu’une formalité. Son père louait des voiliers plus loin dans le port, il venait ici tous les étés. Le reste du temps, il vivait en Savoie, avec sa mère qui tenait, elle, un magasin de location de ski, dans une petite station à côté de Courchevel – le nom m’échappe déjà. Il alternait donc montagne l’hiver où il allait au lycée, et la Corse dès qu’il en était libéré. Plus tard, il se voyait bien continuer sur ce même schéma. J’admirais cette manière de vivre, et l’envier. Nous parlâmes aussi du bout de colline qui avait brûlée la nuit d’avant, derrière Propriano. C’était juste à côté de chez lui, il avait vu passer cinq camions. Il y avait trois départ de feu, c’était donc criminel. Lorsque nous demandâmes s’ils avaient des explications (Julien était enfin revenu), ils nous expliquèrent que c’était surement « pour voir les pompiers » ou que certaines personnes voulaient que les terrains deviennent constructibles. Lorsqu’il fini sa menthe à l’eau, il nous remercia puis retourna à ses occupations le temps que nous finissions, nous n’avions qu’à l’appeler lorsque nous voudrions partir.
La mer était agitée lorsque nous sortîmes du port. Ce fut mon beau-père qui pilota. Il s’assit sur le bord du bateau, alors que je priais pour qu’il vienne à côté de moi sur la baquette à l’arrière. Je savais pourtant qu’il ne viendrait pas. J’avais surement un air hautain assise là car je me tenais droit et mes lunettes cachaient mes yeux. Je prends souvent cet air lorsque je suis peu sure de moi, ce qui est parfaitement paradoxal. Lorsqu’il se leva pour échapper aux éclaboussures, je crus déceler un sourire à mon adresse, comme un rire discret à cause de la mer agitée qui mouillait son bermuda beige et son t-shirt kaki, mais je ne pense pas avoir répondu, pétrifiée d’un je-ne-sais-pas-quoi-faire. Je souhaitais pourtant qu’on échange nos numéros de téléphone, et qu’on se revoie dans le courant de la semaine. Je ne sais pas ce qui me poussait à croire que c’était crédible, nous n’avions après tout échangé que quelques mots.
Lorsque nous arrivâmes sur la plage, nous débarquâmes nos affaires en vitesse et Théo reparti vers le port. Tout en avançant vers le bungalow, je le regardais filer vers Propriano. Je savais déjà que je ne voulais pas oublier son visage. Je ne le connaissais pas la vielle, et ne le connaîtrais plus le lendemain, et pourtant nous avions parlé de sa vie autour d’une menthe à l’eau, et j’avais ressenti le début de quelque chose de très fort en moi, je ne voulais pas oublier le visage qui en était à l’origine.
Je devais retourner le lendemain sur le port pour faire le plein d’essence du bateau avant de le rendre. J’espérai donc toute la journée qu’il soit présent au moment où nous nous y rendrions. Je m’imaginais déjà sur le bateau avec lui, mon beau-père se serait rendu à la pompe à essence à pied, juste pour payer, ayant la paresse de conduire le bateau. Nous aurions parlé de la Corse et de la Savoie, du lycée et des vacances. Nous nous serions donné rendez-vous le vendredi suivant autour d’un verre. Ce rendez-vous-là serait l’occasion de faire plus ample connaissance, nous aurions parlé du divorce de nos parents, de nos projets, et il m’aurait embrassé après un compliment sur mes joues rosées. Nous nous serions alors promis l’échange quotidien de mails - il aurait alors remplacé mon Moleskine - et d’entendre la voix de l’autre une fois par semaine. S’en serait alors suivi de longues conversations virtuelles, agrémentées de quelques photographies de chacun. Il n’y aurait aucune exclusivité, puisque la distance entre nous serait trop grande pour ce genre de relation. Nous parlerions d’ailleurs ouvertement des conquêtes de chacun. Nous nous reverrions deux fois par an – une semaine de ski en Savoie en Février et deux semaines en Corse chaque été. Nous nous quitterions surement car l’un de nous n’accepterait pas le fait de partager l’autre, à moins que ce ne soit par la force du temps qui passe, et qui vous fait oublié de répondre au mail de l’autre, parce qu’on reporte toujours au lendemain. Mais lorsque nous arrivâmes au stand de location, il n’était pas là.
J’espérai alors qu’il se souvienne de moi, car ma plus grande peur était d’être oubliable. Je voulais l’avoir marqué comme celle avec qui il avait fêter surement en premier son permis bateau, mais j’oublie trop rapidement que je n’avais décrochais aucun mot, seulement rie lorsque le téléphone de Julien n’arrêter pas de sonner alors qu’il venait juste de se poser. Je considérais l’oublie comme une mort, la mort du souvenir de l’autre, donc la mort de l’autre. Je me demandai combien de personnes je serais capable de reconnaître dans la rue alors que je ne les avais vu qu’une seule fois.
Je réalisai ainsi que je considérai la réussite d’une personne dans sa façon d’être inoubliable.
Saturday, July 11
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1 comment:
Je pense que nous avons une amitie qui s'appuie sur une possible difference de points de vues (entre autres). Regarde topshops t'as pense a moi mais toi tu ne t'aurais rien achete. Dans un autre registre arrive l'attachement affectif. Je ne sais pas si ce que je raconte a un sens mais passons. Je veux dire, par la que je reve d'une vie de nomade, un peu comme dans sur la route, le bouquin AMAZINGde Kerouac que je suis entrain de lire. Mais, tu sais, je crois que je ne voudrais pas d'une vie pareille eternellement. J'ai besoin de savoir que quelqu'un m'attend quelque part. Je crois que j'ai peur de m'attacher, peur de ne plus jamais retrouver quelque chose de vecu. En fait je crois que ce n'est pas nos points de vues qui different mais la maniere de reagir aux situations.
"Je réalisai ainsi que je considérai la réussite d’une personne dans sa façon d’être inoubliable."Cette phrqse pour terminer est tout simplement grandiose, un retour en force. Du simple, du clair mais du tellement vrai comme tu sais si bien faire. Mais les facons d'etre inoubliable sont incessissables tant elles sont nombreuses. Il faut penser a ca aussi. MMM
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